13/10/2016

Le double enjeu de la mobilité électrique et des véhicules automatisés

Les voitures électriques effectuent une percée remarquée sur le marché et dans le cœur des usagers (pour l’heure plutôt aisés). Les véhicules automatisés et l’avènement de fournisseurs publics ou privés ouvrent quant à eux la porte à la notion de dé-privatisation de l’automobile. Ces deux enjeux, pris individuellement ou conjointement, auront probablement un impact politique, économique, social et écologique majeur sur notre société.

Voici l’avis du Dr Joerg Beckmann, directeur de l’Académie de la Mobilité du TCS.

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Poussées par l'arrivée et le triomphe prévisible de la propulsion électrique, les grandes nations industrialisées exécutent actuellement un "tournant automobile" dont la portée est comparable à celle des colossaux changements politiques, économiques et sociaux attribués jusqu'ici uniquement à la motorisation automobile traditionnelle du début du 20e siècle. Cette évolution repose sur l'affinité entre la décarbonisation du trafic moyennant son électrification, d'une part, la déprivatisation de l'automobile moyennant son automatisation, d'autre part.

Il y a un peu plus de 100 ans les automobiles dotées d'un moteur à combustion, pilotées personnellement et appartenant à des particuliers ont commencé à modifier notre mobilité, nos villes et notre culture quotidienne. Désormais, des véhicules électriques et entièrement automatiques proposés par des fournisseurs publics ou privés de services de mobilité ouvriront une ère nouvelle de la mobilité pour les décennies à venir. Une fois de plus, l'automobile déclenchera un changement global de la société, mais cette fois-ci, contrairement à la motorisation automobile de masse du milieu du 20e siècle, elle offrira peut-être de meilleures chances à une modernisation sociale, économique et écologique durable. Afin que cette "promesse de salut" d'une mobilité quotidienne électrique et automatisée se réalise également en Suisse, il est indispensable de lancer un large débat au sein de la société sur les principes de cette nouvelle "auto-mobilité" qui répond aux besoins de la protection du climat et de l'économie des ressources, qui améliore la qualité de la vie dans les villes et villages et qui soutient la prospérité de l'économie suisse.

L'objectif de ce débat doit être de trouver un consensus social sur les principes du tournant automobile à venir. Cette discussion doit partir du constat fondamental suivant: seule l'électrification fait de l'automobile la charnière d'un tournant durable des transports – alors que précédemment, en tant que véhicule doté d'un moteur à combustion, l'automobile était, en raison de son mauvais bilan écologique, exclue de ladite alliance écologique et ne pouvait guère être considérée comme l'initiatrice d'un tel tournant en termes de transport.

Alors que la condition technique nécessaire à un changement durable de la mobilité motorisée a déjà été satisfaite grâce à l'électrification de la propulsion, l'automatisation de l'automobile et la prochaine mise en circulation de véhicules à conduite automatisée répond à la condition suffisante: si la propulsion électrique sans émission constitue dans une première étape un bond prodigieux en termes de rendement énergétique, la voiture publique entièrement automatisée génèrera une forte croissance de l'efficacité d'exploitation: un nombre sensiblement réduit de véhicules à conduite automatisée produira, grâce à une exploitation optimisée, les mêmes prestations de transport que l'actuelle flotte de voitures privées, mais sans occuper autant de surface pour le trafic roulant et à l'arrêt et sans réduire la liberté et l'autonomie de ses utilisateurs par rapport aux voitures traditionnelles en propriété privée.

Sans électrification de la propulsion automobile, l'automatisation du trafic motorisé individuel classique ne serait dans le meilleur des cas qu'une amélioration superficielle de l'actuelle mobilité motorisée à combustion qui consomme beaucoup de ressources et nuit au climat, mais elle ne serait en aucun cas porteuse d'espoirs d'un paradigme de mobilité nouveau et durable. Bref, la voiture automatisée (VA) n'a (ne mérite) une chance qu'en tant que voiture électrique (VE)!

Dr Joerg Beckmann

Directeur de l’Académie de la Mobilité.

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Commentaires

A la vitesse où la technologie évolue, nous aurons bientôt la possibilité de nous déplacer avec des drones personnels, comme spirou sur sa chaise hélicoptère. Electriques, va sans dire. Mais il faudra régler la question d'approvisionnement. Espérons que nos scientifiques auront trouvé le graal de la fusion nucléaire qui ne produit pas de déchets radioactifs.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/10/2016

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