28/01/2015

Suppression de places de stationnement à Genève : les autorités veulent passer la surmultipliée !

On aurait pu croire à une pacification de la situation, suite à la promulgation en mai 2012 de la loi sur le stationnement et la constitution d’un comité de suivi de la compensation. On aurait effectivement pu y croire. La réalité a malheureusement rapidement fait déchanter les porteurs d’une solution concertée et raisonnable.

A la base, la volonté affichée consistait à définir les conditions-cadre ouvrant la porte à la suppression de places de stationnement en surface en contrepartie de la création, en nombre égal, de places en en sous-sol. Le but recherché était limpide : cela permettait de créer des zones piétonnes cohérentes ou de libérer de l’espace afin d’assurer une meilleure fluidité du trafic. Depuis lors, que s’est-il passé ? Très simple : sur la base d'un règlement contestable ou même souvent arbitrairement, on supprime des places avec une compensation exclusivement dans des parkings existants, voire sans aucune compensation du tout. Des créations de nouvelles places ? Circulez (ou plutôt, continuez à chercher), il n’y a rien n’à voir.

Mais il y a pire : entre la lecture des projets publiés dans la Feuille d’Avis Officielle et les courriers des membres du TCS nous alertant sur des suppressions non mises à l’enquête - une spécialité de la ville de Genève, qui joue avec le fait que la suppression de marquages au sol n’est pas en principe pas soumise à une procédure publique – les dernières semaines témoignent d’une nette accélération de ce qu’il faut bien appeler un détournement de l’esprit de la loi. Jugez plutôt : entre les suppressions effectives ou projetées, on totalise désormais plus de 600 places condamnées à disparaître, ou à être compensées par des places au prix pour les habitants multiplié par 11, tout ceci dans un silence assourdissant ! La liste est longue mais tout le territoire est touché : Boulevard Emile-Jacque Dalcroze, Rive, Place de la Synagogue, Avenue de La Paix, Avenue de la Roseraie, Chemin Frank-Thomas, Avenue de la Gare des Eaux-Vives, Rue de Montbrillant etc, etc…

Dans ce contexte, les projets de loi 11409 et 11342 prochainement traités par le Grand-Conseil prennent toute leur signification. Il est en effet grand temps de préciser une loi sur le stationnement de toute évidence trop imprécise et ouvrant la voie aux dérives décrites ci-dessus.

François Membrez

Président TCS Genève

23/09/2014

Place de la Synagogue, un cas emblématique

Il y a parfois des microcosmes qui peuvent devenir un concentré emblématique des préoccupations d’une époque. A Genève, en matière de circulation, la place de la Synagogue joue un peu ce rôle. Voyez plutôt!

A fin 2009, une pétition lancée par un comité ad hoc et munie de trois cent quatorze signatures demande au Conseil municipal de la Ville de Genève l’instauration d’«une place de la Synagogue sans trafic motorisé», soit une réorganisation supprimant le trafic dans les deux petites rues jouxtant la place pour le reporter, en l’inversant, sur deux autres voies du quartier (rue Jean-Petitot et rue de Hesse) et permettre ainsi aux automobilistes de passer du boulevard du Théâtre et de la rue Général-Dufour au boulevard Georges-Favon. But de la mesure demandée: améliorer la sécurité des piétons dans ce secteur et mettre en valeur l’espace public autour de la Synagogue.
Dans la foulée, un projet est déposé au Conseil municipal qui prévoit, lui, en contrepartie de la piétonisation totale du pourtour de la Synagogue et de la place éponyme, le report du trafic sur la rue Bovy-Lysberg.
Dans sa revue de septembre 2013, la section genevoise du TCS relève que, malgré le rejet en votation populaire le 23 septembre 2012 du crédit destiné à piétonniser cinquante rues, la Ville envisage de supprimer la circulation à la place de la Synagogue (qui faisait pourtant partie du lot). Il demande que cette opération, si elle est réalisée, ne se fasse pas sans inverser les sens de la circulation à la rue de Hesse et à la rue Jean-Petitot… comme le suggérait la pétition.
Aujourd’hui, nouveau changement de «décor»: dans la FAO du 8 août 2014, une mise à l’enquête publique prévoit d’inverser le sens de la circulation à la rue de Hesse seulement…
On notera d’autre part que ce projet supprime vingt-six places de stationnement en considérant que les véhicules qui les occupent peuvent être répartis dans des parkings existants (Finances, Tribune de Genève et Uni-Dufour). Quant aux deux-roues motorisés, il reporte dans les rues adjacentes la totalité des places supprimées… à l’exception d’une trentaine de véhicules stationnant chaque jour ouvrable hors cases.

Le point de vue du TCS

Fidèle à sa vision et à ses principes, la section genevoise du TCS considère que la place de la Synagogue pourrait se prêter à une piétonisation à deux conditions. La première est que tant la rue Jean-Petitot que la rue de Hesse voient leur trafic inversé pour permettre l’accès du trafic au boulevard Georges-Favon. La deuxième est que les vingt-six places de stationnement supprimées soient dûment remplacées par des places en surface. En effet, le remplacement par des parkings existants n’est pas prévu par la loi et, en l’occurrence, ceux qui sont suggérés sont beaucoup trop éloignés de la place de la Synagogue et n’offrent pas a priori la disponibilité nécessaire.
Le TCS note encore que, dans la foulée, il conviendrait de supprimer les feux installés récemment sur la rue Général-Dufoir (devant le Victoria Hall), qui créent des bouchons inutiles dans le quartier, ou qu’à tout le moins ils prévoient une phase verte plus longue, voire un feu clignotant qui ne passe au rouge que lors du passage du bus, actionné par celui-ci.
On le voir, il y a un peu de tout dans ce cas: un espace qui se prête plutôt bien à un changement d’affectation au goût du jour, un problème d’urbanisme, une opposition entre deux visions du trafic, le respect de la loi en matière de compensation du stationnement, une réflexion sur le régime des feux et la vocation qu’on leur prête: régulatrice ou dissuasive. Il ne resterait, pour faire bon poids de philosophie de la mobilité, qu’à y rajouter une interrogation quant au cheminement des bus, que les TPG ont voulu faire sinuer dans des petites rues... Mais ça, c’est une autre histoire, sur laquelle nous aurons sans doute l’occasion de revenir.

Didier Fleck

Pour la Chambre de commerce, le projet est inacceptable

Le projet de fermeture de la place de la Synagogue pose davantage de problèmes qu’il n’en résout en termes de circulation dans le quartier des Banques, ainsi qu’en direction de la Gare Cornavin. Il est inacceptable.
Pour le trafic provenant de la place de Neuve, le tronçon nord de la place est le plus commode pour rejoindre le boulevard Georges-Favon, le pont de la Coulouvrenière et la gare, étant donné que la rue de la Corraterie est fermée au trafic normal. Sa fermeture compliquerait l’accès à la gare et entraînerait très clairement un report de circulation sur la rue de Hesse. Par ailleurs, plusieurs places de stationnement voitures et deux-roues motorisés seraient supprimées.
Le projet aggraverait donc la situation d’un quartier où les aménagements de flux de véhicules posent autant de difficultés aux automobiles qu’aux véhicules des transports publics: feux rouges interminables, flux uniques dans des rues ne s’y prêtant pas, bancs publics entre deux artères séparées par d’immenses espaces bétonnés. Avant de fermer des rues à la circulation, il faut se demander si cela a du sens sur le plan de l’urbanisme et proposer des solutions pour absorber le trafic détourné qui va forcément se déverser sur les rues adjacentes. Le projet mis à l’enquête est à cet égard trop problématique. Il faisait d’ailleurs déjà partie des projets de fermeture de rues refusés en votation par les Genevois il y a quelques années. Il convient de respecter cette volonté populaire.


Nathalie Hardyn
Directrice adjointe de la Chambre de commerce, d’industrie
et des services de Genève, chargée du dossier transports

Micro-trottoir autour de la place

Un employé de banque
L’important c’est de maintenir une bonne liaison entre Général-Dufour et Georges-Favon et de ne pas tout bloquer avec des feux qui servent plus la philosophie écolo que la sécurité du trafic.

Un livreur
Quelle histoire pour des voies mineures... Qu’une rue soit dans un sens et l’autre dans le sens contraire ou inversement, dans cinq ans on aura oublié comment c’était avant!

Un retraité

La rade, les P+R, la Synagogue… décidément vous êtes partout! Moi je m'en fous, je n’ai même plus de bagnole. Mais en général je suis assez d’accord avec vous.

Un habitant d’un immeuble bordant la place

On a du bruit la journée avec le trafic. Si on ferme les rues qui encadrent la place, on en aura le soir avec les drogués… On ne gagnera pas au change!

Un touriste parisien

J’adore Genève, que je connais assez bien, mais je trouve que ça manque de petites places de charme, bien aménagées, pour humaniser la ville. Je peux vous en montrer des dizaines à Paris.

Un jeune scootériste garé hors cases sur la place

De toute façon, la circulation et le stationnement à Genève c’est le bordel. Alors un peu plus ou un peu moins…

Une jeune maman avec son bébé

Cette petite place, son église, sa fontaine et sa terrasse méritent mieux qu’un transit entre deux artères. Mais je ne conduis pas et je ne saurais dire quelles mesures cela exige pour les rues avoisinantes.

Propos recueillis par Didier Fleck